FOCUS SUR LES PARTENAIRES DE PROMOTION DE L’INTEGRITE DE L’EAU

Global Water Partnership - Partenariat National de l'Eau du Bénin (GWP-PNE Benin)

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Le Partenariat Régional de l’eau de l’Afrique de l’Ouest (GWP/AO) a été établi en 2002 par les partenaires de la sous-région ouest-africaine dans le domaine de l’eau. Le GWP/AO est la branche régionale du Partenariat mondial de l’eau (GWP). Le GWP est une organisation intergouvernementale créée en 1996 pour aider les pays à mettre en pratique les principes d’une gestion durable des ressources en eau.

Le GWP est basé en Suède et mobilise les Etats et la société civile pour que la question de la gestion des ressources en eau reste la plus haute priorité possible dans l’agenda international, régional et national. Le GWP soutient les États et les organismes de bassin transfrontaliers pour la gestion durable des ressources en eau. Ils promeuvent la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) en tant qu’approche pertinente et globale pour aborder les problèmes de gestion de l’eau auxquels les États et les communautés locales pourraient être confrontés (approvisionnement en eau potable et assainissement, agriculture, environnement, inondations, etc.).

GWP-PNE Bénin est l’un des membres du réseau au sein du Partenariat GWP/Afrique de l’Ouest. Le Secrétaire exécutif du GWP-PNE Bénin est M. André ZOGO. Pour cette interview, nous nous entretenons avec M. ZOGO, qui joue un rôle clé dans la mise en œuvre et la coordination des activités du GWP au Bénin. Monsieur ZOGO nous en dira plus sur les activités spécifiques et l’impact des programmes d’intégrité de l’eau au Bénin.

  1. Pouvez-vous nous parler un peu du travail que le GWP-PNE Bénin fait actuellement en matière de promotion de l’intégrité de l’eau et de la bonne gouvernance dans le secteur de l’eau au Bénin ?

Actuellement, le PNE-Bénin accompagne les acteurs du secteur de l’eau du Bénin dans un processus de renforcement de leurs capacités et de test d’utilisation d’outils pour la promotion de l’intégrité et de la bonne gouvernance dans le secteur. Le renforcement des capacités implique l’amélioration de la connaissance des problèmes de gouvernance qui se posent dans le secteur, notamment la cartographie des risques de corruption dans le secteur, mais aussi la formation des jeunes sur les questions d’intégrité de l’eau. Les résultats et recommandations de cette cartographie des risques sont exploités pour définir des axes de travail pour la suite des actions à mener par les organisations de la société civile pour promouvoir l’intégrité de l’eau. Quant aux tests d’utilisation des outils de promotion de l’intégrité, ils concernent l’élaboration et la mise en œuvre d’une charte pour la promotion de l’intégrité et de la bonne gouvernance dans le secteur, mais également d’autres outils tels que les audiences citoyennes de reddition de compte au niveau des collectivités locales. La charte est un véritable code de conduite à travers lequel les différentes catégories d’acteurs du secteur ont pris des engagements par rapport aux valeurs et principes à observer en menant leurs activités.  Cette charte prend en compte les structures étatiques, les organisations de la société civile, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers. Les acteurs de ces différentes catégories sont en train de formaliser leur adhésion à la charte qui a été élaborée conjointement. Les acquis obtenus à partir des tests d’utilisation d’outils de promotion de l’intégrité sont capitalisés dans la conception des actions à mener pour promouvoir l’intégrité et la bonne gouvernance du secteur.

  1. Comment ces programmes ont-ils été accueillis au Bénin et quels en ont été les effets ?

Le contexte socio politique au Bénin est favorable à la promotion de l’intégrité et de la bonne gouvernance dans l’ensemble des secteurs y compris dans celui de l’eau. Les gouvernements successifs ont manifesté leur volonté politique pour lutter contre la corruption, même s’ils ne se sont pas donné les moyens adéquats pour parvenir à des résultats concrets. L’effet bénéfique des actions de lutte contre la corruption menées par les gouvernements successifs depuis la fin des années 80 est que le débat sur la corruption est sur la place publique et n’est pas un sujet tabou. Cela a favorisé les actions du PNE-Bénin appuyé par WIN et a fait que les partenaires techniques et financiers tels que l’Union Européenne et USAID accompagnent d’autres OSC béninoises et les structures étatiques dans des actions de lutte contre la corruption. C’est ainsi que les effets des programmes exécutés se propagent dans l’ensemble des secteurs et le gouvernement actuel a instruit tous les ministères sectoriels à créer des cellules focales d’intégrité dirigées par les Secrétaires Généraux des Ministères, à l’instar de ce qui est prévu dans la charte pour la gouvernance et l’intégrité dans le secteur de l’eau et l’assainissement. Ce qui est déplorable est que des affaires de corruption continuent dans le secteur. Cependant, la lutte est inscrite dans l’agenda politique et des pas importants sont en train d’être faits, même si ce sont encore de petits pas.

  1. Quels sont selon vous les domaines clés de collaboration avec le Réseau de l’intégrité de l’eau pour  la promotion de l’intégrité dans le secteur de l’eau dans le futur ?

Dans le futur, les domaines clés de collaboration avec le Réseau de l’intégrité de l’eau pour  la promotion de l’intégrité dans le secteur de l’eau au Bénin sont :

  • l’appui à l’élaboration et au respect de la législation anticorruption complémentaire à celle qui existe actuellement ;
  • l’élaboration et la mise en œuvre des mesures anti-corruption ;
  • la sensibilisation et la formation des acteurs sur l’impact de la corruption et les voies et moyens pour lutter contre ce phénomène dans le secteur de l’eau ;
  • l’organisation de foras permettant de mettre la question de l’intégrité en débat au niveau stratégique et politique ;
  • l’élaboration et la diffusion d’outils et méthodologies sur la cartographie et l’analyse des risques de corruption et la promotion de l’intégrité dans le secteur de l’eau et de la bonne gouvernance de l’eau ;
  • la mise en réseau des organisations à  but non lucratif pour lutter contre la corruption dans le secteur de l’eau.
  1. Sur quelles actions spécifiques, le GWP/PNE-Bénin devrait-il se concentrer à l’avenir pour promouvoir davantage la participation et la transparence dans le secteur de l’eau au Bénin?

Les actions spécifiques sur lesquelles le GWP-PNE-Bénin devrait se concentrer sont :

  • l’accompagnement des acteurs à la mise en œuvre de la charte et l’organisation de forum sur l’intégrité dans le secteur de l’eau et de l’assainissement ;
  • le renforcement des capacités des OSC pour la promotion de l’intégrité et les Droits humains liés à l’Eau et l’Assainissement ;
  • la facilitation de l’accès aux informations du secteur pour les populations et les acteurs concernés sur les marchés de prestations dans le secteur ;
  • le plaidoyer pour la mise en place d’un mécanisme formel, inclusif et juste de tarification de l’eau ;
  • le plaidoyer pour l’élaboration/révision de textes et la vulgarisation des textes juridiques relatifs à la lutte contre la corruption ;
  • la recherche actions sur les dynamiques de comportements relatifs à l’eau et à l’assainissement ;
  • le suivi alternatif du secteur de l’eau, y compris par rapport à l’évolution des risques d’atteinte à l’intégrité.
  1. Quels sont les défis actuels et futurs pour réduire la corruption dans le secteur de l’eau?

Le premier défi pour réduire la corruption dans le secteur est de mettre fin à l’impunité. En effet, le fait que certains citoyens commettent des actes de corruption sans subir les rigueurs de la loi, parce qu’ils sont protégés par leur statut ou parce que les procédures ne facilitent pas leur jugement, n’est pas de nature à faciliter la lutte contre la corruption. Le deuxième défi concerne la mobilisation citoyenne pour constituer un réel contre pouvoir capable de revendiquer ses droits en termes de participation, transparence et reddition de compte. L’existence d’une société civile forte et crédible constitue une pression sur les responsables à divers niveaux qui les contraint à observer les principes de l’intégrité de l’eau. En ce sens, l’éducation des populations sur les Droits et devoirs des citoyens mais aussi sur les responsabilités des Autorités ayant des mandats liés aux services en matière d’eau est très primordiale. Le troisième défi est relatif est l’amélioration du secteur de la justice afin que les dossiers de corruption puissent être traités avec diligence et compétence. Les moyens dont dispose le secteur de la justice actuellement ne lui permettent pas de connaître des dossiers de corruption assez rapidement et efficacement. Il importe de doter la justice des moyens humains, matériels et financiers adéquats pour assurer son rôle. Comme vous pouvez le voir, le premier et le troisième défis nécessitent l’action de l’Etat alors que le relèvement du deuxième défi est d’avantage de la responsabilité des OSC.

  1. Le GWP-PNE Bénin a mené plusieurs initiatives réussies pour s’assurer que les journalistes disposent des outils et des connaissances nécessaires pour évaluer plus précisément le secteur de l’eau et encourager une plus grande transparence et plus d’  intégrité de la part des autorités. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’impact de votre programme et les défis auxquels sont confrontés les journalistes pour faire de l’intégrité de l’eau un sujet “accessible” dont il faut parler?

Les actions du GWP-PNE-BENIN ont permis le renforcement des capacités des journalistes à traiter les questions relatives à l’eau et l’assainissement et à se constituer en un réseau. Les membres de ce réseau sont outillés pour aborder plus spécifiquement l’intégrité de l’eau et faire le suivi des engagements pris par les autorités du secteur. Actuellement, ces journalistes constituent des partenaires privilégiés du  GWP-PNE-BENIN pour l’organisation des actions de plaidoyer et lobbying pour la promotion de la bonne gouvernance du secteur. C’est ainsi que dans le cadre du plaidoyer pour la constitutionnalisation des droits à l’eau et l’assainissement, un plan de plaidoyer a été élaboré et mis en œuvre avec l’appui de ce réseau. Plusieurs actions de reddition de compte sont organisées avec ce réseau de journalistes pour interpeller les autorités aussi bien sur des questions de gouvernance que sur le respect des engagements pris par ces autorités pour le secteur.

S’agissant des défis auxquels sont confrontés ces journalistes, il faut surtout citer l’accès à l’information. En effet, il n’est pas aisé d’obtenir des informations surtout sur les affaires de corruption. Il est important que des mesures soient prises pour garantir effectivement le droit à l’information même dans les cas d’atteinte à l’intégrité, que le dossier soit devant la justice ou non. Les juges doivent, au cas où ils sont saisis de pareils dossiers, organiser des séances d’information sur les affaires les plus importantes. L’autre défi est que les journalistes doivent être suffisamment outillés pour réaliser des investigations au cas où des affaires surviennent. Enfin, il importe que les journalistes soient à l’abri du besoin pour ne pas céder à certaines pratiques qui risquent de les impliquer dans des affaires de corruption ou de manque d’éthique.

Que faire?

Voici quelques outils pour promouvoir l'intégrité dans votre organisation.

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