Adaptation au changement climatique : les eaux troubles de la mainmise et de la connivence politiques

Adaptation au changement climatique : les eaux troubles de la mainmise et de la connivence politiques

Chronique de Teun Bastemeijer dans le bulletin d'informations de l'IRC, Sources Nouvelles, Mars 2010.

Le changement climatique risque de devenir un marché et un secteur offrant de nouvelles occasions de mainmise politique et d'abus d'influence dans l’orientation des investissements destinés à servir l'intérêt d’une minorité. Les mesures d'adaptation pour faire face au changement climatique pourraient finir par être inefficaces, en grande partie à cause de la corruption si l'intégrité, l’imputabilité et la transparence ne sont pas prioritaires dans l’agenda du changement climatique. Ces mesures concernent le secteur de l'eau en particulier.

Les effets du réchauffement mondial sont potentiellement très graves en provoquant des bouleversements des cycles hydrologiques et des régimes d'écoulement de l’eau fluvial aux niveaux local, régional et mondial. De tels changements provoquent une plus grande vulnérabilité aux catastrophes naturelles et de façon générale au stress hydrique. Toutefois, ces vulnérabilités ne constituent pas entièrement de nouveaux phénomènes et, malheureusement, la plupart des catastrophes sont essentiellement dues aux actions de l’homme.

L’inondation récente dans la zone côtière de la Vendée en France, pays à économie développée, a causé la mort d’environ 50 personnes. Bien que cette catastrophe paraisse mineure comparé à beaucoup d'autres ailleurs, dans ce pays elle est néanmoins significative. Il existe des signaux que les responsables locaux et nationaux ont tendance d’expliquer cette catastrophe comme résultant des conditions atmosphériques extrêmes ou imprévisibles ou du changement climatique. Cela a été aussi le cas pour la catastrophe à la Nouvelle-Orléans en Louisiane. Dans tous les deux cas les experts ont donné des alertes de catastrophes imminentes [1].

La digue dans le district de Vendée a été construite dans les premières années du 19ème siècle pour protéger les surfaces agricoles qui étaient en partie urbanisées ; un processus qui s’est accéléré au cours des dernières décennies malgré des risques potentiels. Cependant, il est opportun que les pouvoirs publics évoquent le changement climatique comme cause de la catastrophe pour échapper à la réprobation.
Au Bangladesh, un secteur important du delta, on a asséché des sols argileux qui s'affaissent inévitablement du fait d’être drainés pour les besoins de l’agriculture. La terre déjà basse, est à présent même plus près ou même en dessous du niveau de la mer. Les inondations y sont donc un phénomène courant. Bien que le secteur affecté potentiellement par l'inondation aille s’élargir avec la montée du
niveau de la mer en raison du réchauffement mondial, le changement climatique n’en constitue pas la cause première.

Un autre phénomène, communément lié actuellement au changement climatique, est l'intrusion saline qui rend les sols improductifs.

L'intrusion saline dans les zones du delta est normale et, comme dans d'autres pays tels que les Pays Bas, la recharge en eau douce à partir des fleuves et quelques fois des inondations saisonnières sont nécessaires pour contrôler celle-ci. Ceci est vrai pour tous les deltas. Par exemple, la construction de grands barrages en Inde a réduit les débits du lit fluvial à des niveaux tellement bas qu’il n’y a pas assez d'eau douce disponible dans des régions de delta au Bangladesh. Le problème qui se pose est celui de la gestion des eaux, surtout transfrontalières, et non pas le changement climatique, en dépit de la perspective de la montée de la mer qui rendra cette gestion plus difficile.

Dans le secteur de l'eau et de l’assainissement tout comme l'irrigation, il est courant de lire des déclarations telles que ce qui suit : "parmi les usagers de l'eau dans certaines zones frappées par les sécheresses en raison des effets du changement climatique..."

En effet, les usagers de l'eau sont affectés par la pénurie de l'eau et le climat peut être un facteur qui contribue à l’aggravation des stress actuels ; mais dans beaucoup de cas, il serait surtout important de veiller à améliorer les microclimats et à la réhabilitation des bassins de captage qui dans beaucoup de cas, ont été influencés par les activités humaines, notamment l'urbanisation et l’abattage illicite des arbres.

Il ne s’agit ici de dire qu'il n'est pas nécessaire d'ajuster la manière dont nous abordons la gestion de l'eau. Les régimes fluviaux changent considérablement en raison d'un certain nombre de facteurs, dont
les besoins accrus d’approvisionnement en eau, la baisse des niveaux d'eaux souterraines, souvent en raison de l'extraction de l'eau et d'autres pratiques insoutenables et des précipitations annuelles incertaines combinées à de faibles vitesses d'infiltration. Il s’agit également de la dure réalité des glaciers qui rétrécissent et de la grave sécheresse dans des secteurs qui continuent à dépendre de l'agriculture
pluviale.

Cette réalité doit être affrontée et des solutions sont proposées, par exemple dans une publication intéressante du Programme de concertation pour l'eau et le climat (CPWC) qui propose le processus des 3R (Recharge, Rétention et Recyclage de l'eau) et un ensemble de solutions
techniques [2].

Cependant, il s’agît de problèmes et scenarios très complexes avec beaucoup d’incertitudes quant’ aux effets et au rythme du réchauffement mondial et personne ne détient la vérité absolue. Dans ces conditions et puisque le secteur de l'eau est suffisamment complexe tel qu'il ressort, beaucoup ont choisi de s’attaquer à ses défis sans articuler ce travail au changement climatique ou au réchauffement mondial pour ainsi dire. Un directeur de réseau international de premier plan dans le secteur de l'eau a employé le terme « spaghetti » pour décrire le niveau de précision du débat international.

Néanmoins, il apparaît raisonnable d'essayer de clarifier de façon conceptuelle comment le contexte et les débats internationaux du changement climatique change la donne pour notre travail de promotion des pratiques d’intégrité dans les différents sous-secteurs de l'eau et nos communications et partenariats avec des groupes d’acteurs et réseaux divers.

Le 29 mars 2010, nous avons organisé de ce fait une consultation d’experts sur la question, et nous espérons que ceci contribue à fournir des indicateurs sur les secteurs où orienter les efforts. Nous
avons l'intention de communiquer les résultats avec les membres et partenaires du réseau WIN et espérons échanger avec un grand groupe d’acteurs du secteur de l'eau s’intéressant au phénomène de la corruption qui présent une menace pour des mesure d’adaptation au changement de climats.

[1] Voir par exemple Le Parisien [www.irc.nl/url/35886], 2 mars 2010.
[2] Steenbergen, F. van and Tuinhof, A. (2009). Gestion de la zone de
stockage temporaire de l'eau pour le développement et l’adaptation au
changement climatique : Recharge, rétention et recyclage des eaux
souterraines et stockage des eaux pluviales. Télécharger le texte
intégral [www.irc.nl/url/35887].



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