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Utiliser la Boîte à outils de gestion de l’intégrité pour soutenir les PME du secteur de l’eau en Zambie

Utiliser la Boîte à outils de gestion de l'intégrité pour soutenir les PME du secteur de l'eau en Zambie

“L’atelier sur la Boite à outils de gestion de l’intégrité de l’eau a ouvert mon esprit sur les erreurs liées au faible niveau  d’intégrité dont  nous faisons preuve au sein de notre entreprise”, a déclaré un participant à l’atelier sur la gestion de l’intégrité dans le secteur de l’eau pour les petites et moyennes entreprises (PME), organisé à Lusaka en Zambie au début du mois de juillet.

L’atelier, animé par WIN, CEWAS (Centre international des services de gestion de l’eau) et l’Association zambienne de l’eau et de l’assainissement (WASAZA), avec pour objectif de sensibiliser les dirigeants de PME sur la manière dont ils peuvent amener leurs entreprises à tirer  profit de  la mise en œuvre de mesures d’intégrité.

PME: Acteurs fondamentaux pour l’intégrité de l’eau

Bien que les prestations de services d’eau et d’assainissement en Zambie soient de la responsabilité des entreprises publiques d’eau (EPE) détenus par les autorités locales, les entreprises privées jouent également un rôle important de facilitation de l’accès à l’eau dans l’ensemble du pays. Elles  fournissent divers services et produits aux EPE et aux populations locales, notamment des conseils, la construction de réseaux et d’infrastructures de stockage d’eau, le forage, l’’entretien et bien plus. Ces entreprises privées, en particulier les plus petits acteurs, sont particulièrement susceptibles de s’adonner ou d’être affectées par la corruption. Un participant à l’atelier a reconnu que la plupart des acteurs ont en effet été confrontés à des pratiques illicites:

“Nous– petites entreprises – sommes exposées à tant de risques, juste parce que nous sommes souvent prêts à tout pour obtenir des contrats.”

La corruption est une pratique connue dans le secteur de l’eau en Zambie, tout comme dans de nombreuses autres régions. Pourtant, il s’agit d’un sujet sensible et il est difficile d’évoquer le manque d’intégrité dans certaines entreprises. Les pratiques de corruption peuvent inclure les actes de subornation ou de collusion pour obtenir l’octroi de contrats, des conditions de travail peu respectueuses de l’éthique, la falsification de documents, l’utilisation abusive des qualifications d’un entrepreneur frauduleux etc. Le plus souvent, ils conduisent directement à des gaspillages de ressources dans l’approvisionnement et le traitement de l’eau. La prise de conscience de l’impact de ces pratiques a évolué.

Récemment, le Conseil national pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement en Zambie (NWASCO), l’organisme zambien de régulation  des services d’approvisionnement en eau et en assainissement, a présenté les Directives  pour la lutte contre la corruption et pour l’intégrité dans le sous-secteur de l’approvisionnement en eau et en assainissement. Le document est un outil conçu pour orienter les EPE dans l’élaboration de codes de conduite et d’éthique visant à promouvoir les bonnes pratiques pour réduire la corruption dans l’approvisionnement en eau et en assainissement. Contrairement aux EPE réglementés par NWSCO cependant, les PME sont rarement intégrées dans les structures réglementaires faitières capables de superviser leur propre respect  – et celle de leurs concurrents– des normes et principes d’intégrité. Ce qui les rend encore plus vulnérables à la corruption. Consciente de cette lacune, la  Boite à outils de gestion de l’intégrité pour les PME, utilisée comme outil de référence lors de l’atelier de Lusaka, permet à ces entreprises de mieux évaluer les risques d’intégrité, de comprendre les exigences juridiques, et d’encourager un comportement éthique susceptible de générer des bénéfices pour leurs entreprises.

Gestion de l’intégrité: outils pour motiver les PME à accroitre l’intégrité

Le format de l’atelier, tel que mis en œuvre en Zambie, vise à motiver la direction d’une PME à faire face aux risques d’intégrité et à procéder au changement  des structures et des processus actuels pour davantage d’intégrité. La méthodologie de l’atelier, les outils utilisés pour le mettre en œuvre, et le processus de suivi sont fondés sur le concept de la gestion du changement: une approche soutenant la transition des individus, des équipes et des entreprises vers un état souhaité et envisagé (Paton et Mc Calman 2008). Une approche de changement positif est utilisée tout au long du processus, axée sur l’amélioration des modèles de gestion et la transformation des défis d’intégrité identifiés en opportunités. Diverses mesures concrètes sont proposées pour soutenir la mise en œuvre des activités prévues. Par exemple, des Agents d’intégrité sont nommés au cours de l’atelier comme responsables de la bonne mise en œuvre des instruments d’intégrité et du processus de suivi. Motiver le changement plutôt que des acteurs moralisateurs est au cœur du processus.

Impliquer tous les acteurs du secteur de l’eau: la prochaine étape vers le succès?

Une autre étape pour accroître l’impact des ateliers pourrait être d’étendre le processus à davantage  d’acteurs du secteur de l’eau. Un participant a qualifié avec enthousiasme l’approche de la Gestion de l’intégrité, de voie à suivre pour accroître l’intégrité, mais a averti qu’il est important de l’étendre aux EPE, afin de donner de la valeur aux efforts des PME en matière de transparence et de redevabilité:

“Une PME peut être très bien sensibilisée à l’intégrité et faire tout son possible pour l’améliorer, mais dès lors qu’elle se met à interagir avec des homologues et des partenaires sensés lui octroyer un contrat – il peut y avoir de véritables malentendus et une sous-estimation de leurs efforts.”

A ce jour, quatre  Coaches de l’intégrité ont été formés dans le cadre de l’atelier de Lusaka pour soutenir les PME impliquées dans la mise en œuvre des mesures d’intégrité dans leurs entreprises et pour assurer le suivi et la continuité du processus.

La Boîte à outils de gestion de l’intégrité a déjà été mise en œuvre  par les prestataires  de services d’eau Kenyans et a été utilisée pour des exercices de renforcement de la sensibilisation en Namibie, en Afrique du Sud et dans les pays de la région MOAN. La Boîte à outils est par ailleurs en cours d’adaptation aux différents contextes et structures du secteur de l’eau,  comme c’est le cas en Indonésie.

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Références: Paton, R. A., McCalman, 2008, Change Management: A Guide to Effective Implementation. SAGE, London.