© James Kiyimba

Comment la redevabilité sociale peut-elle mieux soutenir la gestion de l’eau pour l’atteinte des ODD?

Mécanismes de redevabilité sociale pour une meilleure intégrité de l'eau

L’Objectif 6 des Objectifs de Développement Durable (ODD) vise à assurer la disponibilité et la gestion durable de l’eau et de l’assainissement pour tous d’ici 2030. Cet objectif ne peut être atteint que si la corruption et le manque d’intégrité dans le secteur de l’eau sont combattus. À cet égard, l’ODD 16, qui appelle à des institutions efficaces, responsables et inclusives à tous les niveaux, représente un solide compagnon et cadre de soutien pour atteindre l’objectif 6.

La mise en œuvre des mécanismes de Redevabilité sociale (RS)  est un moyen de promouvoir la redevabilité et l’inclusion dans le secteur de l’eau, conformément à l’objectif 6b relative à la participation des communautés locales au secteur de l’eau et l’objectif 16.7 “Faire en sorte que le dynamisme, l’ouverture, la participation et la représentation à tous les niveaux caractérisent la prise de décisions”. Nous sommes convaincus que les mécanismes de RS contribueront à rendre la gouvernance de l’eau moins vulnérable à la corruption et aideront à garantir l’eau et l’assainissement pour tous.

Il existe plusieurs mécanismes de RS susceptibles d’être mis en œuvre dans le secteur de l’eau. Nous avons connaissance de cas où de tels mécanismes ont réussi à rendre les gouvernements et les fournisseurs de services plus réceptifs et plus transparents au sujet des aménagements. Mais des défis et des questions ouvertes demeurent: comment pouvonsnous nous garantir que la RS soit vraiment inclusive et participative? Comment pouvons-nous faire en sorte que les autorités répondent? Comment la société civile peut-elle être plus efficace pour faire entendre sa voix sur ses préoccupations relatives à l’eau? Quelle est l’ampleur de l’impact des de la RS et en particulier, quel est son effet concret sur la réduction de la corruption? Pour faire écho à John Gaventa de l’Institut des Etudes sur le Développement dans sa publication sur son blog relative à la RS comme pont entre les états et les citoyens, comment pouvons-nous garantir que les fondations et les piliers de nos ponts soient solides?

Selon votre expérience, en quoi les mécanismes de redevabilité sociale ont-ils permis de faire la différence et contribué à l’atteinte de l’ODD 6? Partagez votre expérience dans la rubrique Commentaires ci-dessous ou rejoignez-nous à Stockholm. Nous allons discuter de ce sujet et répondre à ces questions au cours de notre séminaire à la Semaine mondiale de l’eau de Stockholm le lundi 29 Août à 14 heures (NL Hall Pillar Pelarsalen). La session est co-organisée avec le Partenariat Mondial pour la Responsabilité Sociale, le Réseau des OSC de l’eau et de l’assainissement au Kenya, le Centre de ressources anti-corruption U4, Water Witness International et WaterAid. Rejoignez-nous pour plus d’informations sur les cas de réussite où les mécanismes de Redevabilité sociale ont eu des impacts positif sur les prestations et la gestion des services d’eau ou suivez notre événement en stremaing direct.

 

Systèmes de rétroaction sur les questions liées à l’eau

Les systèmes de rétroaction sont un mécanisme de Redevabilité sociale par lequel les gouvernements et les prestataires de services peuvent montrer qu’ils répondent aux besoins de la société civile en sur  les questions liées à l’eau. Ces systèmes de rétroaction peuvent être régulièrement mis en œuvre à divers niveaux ou à des points spécifiques de la chaîne de valeur du secteur de l’eau.

Un Projet de WaterAid au Burkina Faso montre comment les systèmes de rétroaction sont régulièrement utilisés dans la phase de planification des nouveaux aménagements d’infrastructures hydrauliques. Des discussions communautaires sont tenues au niveau local et contribuent à donner aux autorités une idée des difficultés auxquelles font face les communautés en matière de sécurité de l’eau. Les autorités demandent également aux communautés si elles bénéficieront d’efforts visant à améliorer leur sécurité en matière d’eau. Ce système de rétroaction garantit l’implication des communautés et donne aux autorités l’occasion de répondre aux besoins des citoyens.

Au Népal, les systèmes de rétroaction sont régulièrement utilisés au niveau du district pour les rapports annuels. Les communautés locales participent aux audiences publiques (comme discuté dans ce webinaire avec GPSA) où elles peuvent rencontrer physiquement les autorités qui fournissent des services et peuvent répondre à leurs frustrations concernant le manque de services ou à qui elles peuvent poser des questions sur les tarifs. Dans ce cas, de nombreux prestataires de services ont effectivement pris en compte les commentaires du public et modifié certains de leurs services.

Au Tadjikistan, les Conseils consultatifs communautaires nouvellement créés, soutenus par un Programme d’Oxfam financé par la Banque mondiale, permettent aux communautés de fournir des rétroactions à l’Union des consommateurs du Tadjikistan sur les performances des prestataires de services d’approvisionnement en eau et assainissement. Des indicateurs de performance des services ont été élaborés à cet effet.

Avoir de tels systèmes de rétroaction peut aider les autorités locales à mieux percevoir certains types de problèmes urgents de l’eau du point de vue de la société civile. La question de savoir si les autorités sont toujours aussi efficaces dans l’utilisation du mécanisme de rétroaction pour modifier ou adapter leurs politiques ou améliorer la prestation des services d’approvisionnement en eau et la gestion de l’eau demeure ouverte.

 

Plaidoyer fondé sur des preuves dans le secteur de l’eau

Un autre mécanisme pertinent de Redevabilité sociale utilisé dans le secteur de l’eau est le plaidoyer fondé sur des preuves, qui encourage la collecte de données au niveau local sur les questions qui préoccupent la communauté. Il permet à la communauté de faire connaître ses préoccupations aux institutions responsables à divers niveaux.

Au Mozambique, une étude basée sur les bulletins de rapport citoyen conduite dans deux districts a porté sur la collecte des perceptions des usagers de la qualité des services dans leurs zones. Les preuves de cette étude sont passées de la communauté rurale au niveau du district, où les questions ont d’abord été débattues, aux acteurs politiques nationaux de haut niveau. Les preuves ont servi à défendre les réformes politiques et à traiter de questions importantes aux yeux des citoyens, telles que la réduction de la collusion dans l’attribution de contrats ou l’accélération des décaissements des fonds.

En Tanzanie, Fair Water Futures programme conduit par Water Witness International et Shahidi wa Maji, vise à soutenir la gestion communautaire des ressources en eau. Il s’appuie sur des mesures de sensibilisation et d’aide aux communautés pour mieux comprendre leurs droits à l’eau: par exemple, l’élaboration de versions simplifiées des lois relatives à l’eau, l’accès accru aux autorités compétentes et la sensibilisation communautaire sur les droits et les ressources en eau. En ayant connaissance de leurs droits moraux et légaux, les citoyens s’engagent dans un plaidoyer fondé sur des preuves pour promouvoir l’amélioration de la prestation des services et la gestion de l’eau.

 

Recherche en cours sur la redevabilité sociale

Les exemples tirés des systèmes de rétroaction et du plaidoyer fondé sur les preuves montrent comment les mécanismes de Redevabilité  sociale peuvent être mis en place à divers niveaux et constituent une précieuse source d’inspiration. Il est maintenant essentiel d’acquérir des preuves solides pour explorer les facteurs de succès et démontrer l’effet des mécanismes de RS sur la réduction de la corruption. WIN a donc initié un projet de recherche en collaboration avec U4 et IWMI pour étudier les cas de budgétisation participative et transparente en Ethiopie, au Népal et aux Philippines.