« Pour plus d’intégrité il faut faire du concret, tout commence là »

Entretien avec Arnauld ADJAGODO, Chargé de programme au PNE Benin

Une charte de gouvernance pour la promotion de l’intégrité dans le secteur de l’eau et de l’assainissement au Bénin a été validée par les différents acteurs du secteur en juin 2016 lors de la revue sectorielle annuelle 2015. Cet outil concret et le mécanisme d’opérationnalisation qui l’accompagne démontrent la volonté des acteurs à agir pour l’intégrité en vue de la réalisation des ODD. Son développement est une inspiration pour tout processus similaire en faveur de l’intégrité.

Retour d’expérience et perspectives d’avenir pour l’intégrité au Bénin, par l’un des promoteurs principaux de la charte et partenaire pour l’intégrité au Bénin que nous avons rencontré au dernier forum RWSN en décembre en Côte d’Ivoire : Arnauld Adjagodo du Partenariat National de l’Eau au Bénin.

 

Quels sont les grands changements que vous avez observés ces dernières années en matière d’intégrité ?

Depuis le lancement de nos interventions avec le soutien de WIN nous avons vu une réelle transformation dans la réceptivité des acteurs au sujet. Au début, on nous chassait presque. Aujourd’hui, les acteurs sont là et nous avons un ministre qui se dit prêt à être ambassadeur de la charte de promotion de l’intégrité.

Pour en arriver là, il faut apporter de la plus-value à ce que les acteurs font déjà et construire des outils concrets à partir de leurs priorités. Il faut faire du concret, tout commence là.

Cela aide que nous nous concentrons avant tout sur la promotion de l’intégrité et pas seulement ou directement sur la lutte contre la corruption. Etant donné qu’il y a des structures et la justice pour cela. Nous sommes dans la prévention et nous soutenons les acteurs à insuffler des dynamiques de changement. Il faut de la patience et des moyens. Ce n’est pas toujours facile.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur la charte pour la promotion de l’intégrité ?

L’idée d’une charte pour la promotion de l’intégrité de l’eau a d’abord été étudiée par la coalition multipartite pour l’intégrité de l’eau du Bénin. Il s’agissait de mettre en avant un processus d’engagement volontaire des acteurs du secteur qui apparaît plus consensuel et bénéfique qu’une marche forcée.

La charte a ses racines dans le cadre règlementaire du pays et ses mécanismes de lutte contre la corruption. Elle a été développée après un diagnostic sommaire du secteur en matière d’intégrité et une étude des points forts et faibles des chartes existantes au Bénin.

D’autres chartes nationales n’ont pas obtenu de grands résultats au niveau de la mise en œuvre. Pour éviter ce genre de problème, la charte pour la promotion de l’intégrité a été envisagée dès le départ avec un mécanisme d’opérationnalisation développé avec chaque groupe d’acteurs.

 

Comment la charte a-t-elle été développée ?

Il était essentiel que le processus soit progressif et participatif. Des consultations ont été initiées avec différents groupes d’acteurs du secteur de l’eau et de l’assainissement – institutions étatiques, associations et organisations de la société civile, secteur privé, communes, partenaires techniques et financiers – pour aboutir à un texte de charte intégrant les engagements qui seront déclinés en plans d’actions de chaque groupe pour l’opérationnalisation. Les institutions de régulation et de lutte contre la corruption ont été invitées au processus, ainsi que les instances de contrôle des processus de passation de marché et le l’organe chargé de l’audit général au Bénin.

La charte a été validée lors d’ateliers multipartites. A la revue annuelle du secteur de l’eau, une adhésion par tous les acteurs a été recommandée.

Nous avons opté pour un processus volontaire plutôt que obligatoire. Cela a été controversé mais nous misons sur l’engagement actif et positif des parties prenantes. Même s’il existe bien un comité de veille de la charte et quelques éléments de sanction.

Le Ministre de l’eau, Monsieur Dona Jean-Claude HOUSSOU, s’est engagé à être un ambassadeur de la charte. Nous avançons aujourd’hui vers la publication d’un arrêté autorisant les structures sous la tutelle du ministère de l’eau à y adhérer pleinement.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour le PNE Bénin ?

Après la prise de l’arrêté, nous aurons un grand travail de vulgarisation, de plaidoyer et de promotion de l’adhésion à la charte. Nous accompagnons aussi les groupes d’acteurs du secteur pour élaborer leurs plans d’intégrité détaillés. Tout ce travail requière aussi une recherche de financement.

 

Vous travaillez en outre sur de nombreux autres projets de promotion d’intégrité dans le secteur ?

En effet, nous continuons aussi nos autres initiatives pour la promotion de l’intégrité. Nous poursuivons le plaidoyer à différents niveaux. Nous travaillons sur un état de lieux sur l’intégrité et la corruption. A terme, notre objectif est de mettre en place un dispositif d’alerte précoce pour les problèmes de mauvaise gouvernance et ainsi limiter les dégâts et le gâchis des ressources devant permettre d’améliorer le Droit Humain à l’eau au Bénin.

Nous travaillons aussi par exemple avec l’Institut National de l’Eau sur la mise en place de curricula de formation sur l’intégrité pour l’enseignement supérieur. Nous avons déjà des modules de cours pour le niveau licence et travaillons sur les modules pour le niveau master.

Nous lançons un projet très intéressant au niveau des communes. Avec un audit citoyen et une évaluation annotée de l’intégrité de l’eau, nous cherchons à identifier les bonnes et mauvaises pratiques en matière d’affermage. Nous voyons avec ce projet qu’il y a régulièrement de problèmes de paiement de redevances. Il y a aussi des fausses déclarations et des disparités entre l’information reçues par les communes et les réalités sur le terrain. Il n’y a pas assez de veille et de suivi de la qualité, de la continuité du service, du prix et du niveau de pannes. C’est un gros sujet pour la décentralisation. Nous avons déjà fait l’état des lieux dans 2 communes et souhaitons étendre cette activité en 2017 à une dizaine de communes au moins.

WIN nous aide à mobiliser l’expertise technique nécessaire à nos activités et facilite le partage de nos expériences et de celles d’autres partenaires. C’est utile de voir ce qui se fait ailleurs, de présenter nos idées et d’obtenir un retour du réseau. Nous gagnons en crédibilité et en force en montrant que nos activités font partie d’une dynamique globale.

 

Merci !