LES OSC KENYANS DE L’EAU DONNENT L’EXEMPLE EN MATIERE DE PROMOTION DE LA REDEVABILITE

LANCEMENT DU RAPPORT ANNUEL SUR LES PERFORMANCES DES OSC

KEWASNET, le Réseau kenyan d’organisations  de la société civile sur l’eau et de l’assainissement, a lancé son troisième Rapport annuel de performance des Organisations de la société civile (OSC) le 20 mars dernier.

Le rapport est une auto-évaluation franche et proactive de la manière dont les OSC ont contribué à la promotion du secteur de l’eau et de l’assainissement au cours de l’exercice 2015/2016. Pour la première fois, le rapport fournit également un aperçu unique de l’ampleur des dégâts de la corruption sur les projets d’eau des OSC au Kenya.

Le rapport a été bien accueilli par la communauté des bailleurs de fonds soutenant des projets dans la région et par le régulateur kenyan.

Le rapport relate comment les OSC réagissent face à un environnement politique et financier instable. Il souligne les principaux domaines à améliorer dans les actions de la société civile.

 

UNE CONTRIBUTION DIRECTE ET ESSENTIELLE A LA RÉALISATION DES OBJECTIFS NATIONAUX EN MATIERE D’EAU ET D’ASSAINISSEMENT

Les OSC qui ont contribué au rapport sur les performances des OSC cette année ont investi 2,95 milliards de KES, soit près de 30 millions de dollars américains, dans des projets d’approvisionnement en eau et d’assainissement au Kenya. Ces investissements ont permis de renforcer les capacités du secteur, de soutenir les initiatives de gestion des ressources en eau et de fournir directement des services d’eau à environ 880 000 personnes et des services d’assainissement à quelque 130 000 personnes. Cet investissement, bien qu’important,  ne représente qu’une partie de la contribution de toutes les OSC actives dans le pays.

Le rapport des OSC s’appuie sur les résultats d’un cadre d’évaluation développé par KEWASNET et cewas: le cadre d’Intégrité, de Qualité et de Conformité, ou IQC. Le score total du cadre IQC d’un projet (entre 0 et 100%) est basé sur l’ensembles des notes obtenues dans sept domaines d’analyse: 1-Analyse du contexte et engagement communautaire, 2-Engagement du gouvernement, 3-Qualité et conformité, 4-Planification du projet, 5 –Mise en œuvre du projet, 6-Suivi du projet (notamment le suivi de l’exploitation  et de l’entretien, et le contrôle) et 7-Etablissement de rapports et leçons apprises.

Les résultats de l’IQC des exercices financiers 2015/2016 et 2014/2015

Il existe des acteurs performants et d’autres moins performants dans tous types d’organisations, mais des disparités existent quant à la façon dont différentes organisations attribuent des notes en termes d’IQC: les ONG internationales ont tendance à avoir des scores légèrement plus élevés, de même que les organisations disposant de budgets de projets plus importants. Certains aspects de l’IQC sont également considérés comme des ‘forces’ plus que d’autres: l’analyse du contexte et l’engagement communautaire sont des forces pour la plupart des organisations, mais l’engagement du gouvernement et le suivi du projet constitue de graves faiblesses à tous les niveaux.

Le score d’IQC moyen (68%) parait juste et les organisations participantes souhaitent utiliser les résultats du rapport pour améliorer leurs performances. KEWASNET est prêt à les soutenir et a déjà planifié des améliorations pour la prochaine version du rapport.

 

NOUVELLES CONFIGURATIONS DE L’ESPACE CIVIQUE DES OSC DE  L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT

La Loi sur l’eau publiée à la fin de l’année 2016 est une clarification sur les rôles et responsabilités des acteurs du secteur de l’eau. En codifiant la façon dont la décentralisation doit être promulguée dans le secteur de l’eau, elle ouvre de nouvelles pistes qui permettront à la société civile de peser sur l’évolution du secteur et d’exiger la redevabilité des responsables locaux. Mais, elle est toujours contestée devant les tribunaux et est restée longtemps en phase de gestation– elle a été introduite pour la première fois en 2014 et promulguée en 2016. Il n’est pas surprenant que l’engagement du gouvernement soit un point faible pour les projets de la société civile compte tenu des incertitudes. Néanmoins, comme le souligne à juste titre le rapport, il y’a un énorme potentiel et une volonté de collaboration.

Le Kenya dispose d’une communauté de la société civile dynamique, mais comme l’on a pu le constater dans de nombreux autres pays au cours de ces dernières années, il s’avère que l’espace civique est en passe d’être réduit ou contrôlé de manière drastique, ce qui affecte directement la volonté des acteurs de s’engager et les types de projets favorisés par les OSC.

‘Notre analyse dans le cadre de la série de rapports sur l’Etat de la Société civile est que dans plusieurs pays, et dans toutes les régions du monde, l’espace civique s’est détérioré récemment.’
CVICUS, Rapport sur l’état de l’espace civique 2016

Reconnaitre le rôle et la contribution des OSC est dès lors d’une importance capital. C’est là l’objectif du rapport sur les  OSC.  Ces rapports,  nous l’espérons, seront de plus en plus précis et exhaustifs dans les éditions à venir dans, quant à l’exposition du travail d’une plus grande gamme d’organisations.

 

UN ENVIRONNEMENT DIFFICILE

De nombreux facteurs externes minent le travail des OSC dans tous les pays. Il peut y avoir des possibilités d’engagement des gouvernements à divers niveaux selon l’entité désignée comme principal responsable du développement d’infrastructures d’eau et d’assainissement. Il peut y avoir un environnement de politique plus ou moins favorable au travail de la société civile (la liberté d’association, de rassemblement, et d’expression joue un rôle important). Les bailleurs de fonds peuvent accorder des mesures incitatives mais aussi imposer des restrictions. La prévalence de la corruption est un autre facteur particulièrement analysée dans le rapport de cette année.

Le rapport fait ressortir, d’une part, que les OSC estiment que 10% de leurs investissements sont engloutis par la corruption et qu’il est fort possible que ce chiffre soit plus important. D’autre part, à peu près 50% des personnes interrogées dans le cadre d’une enquête auprès d’autres acteurs, affirment que des payements ou faveurs étaient souvent exigées pour les projets des OSC. Obtenir ce type d’informations est étonnamment rare mais s’avère indispensable pour avoir une meilleure compréhension de l’ampleur de l’impact de la corruption dans le secteur et les solutions idoines pour aborder le problème.

‘Les ONG ne sont pas plus à l’abri de la corruption que les entreprises agissant dans d’autres secteurs, mais pour les organisations de développement, la corruption peut être particulièrement nocive et avoir répercussions sur la réputation, le financement, et les dons. […]’
The Guardian, Dealing with corruption in your NGO, Monday 28 January 2013.

En étant plus transparents sur ces questions, en reconnaissant les insuffisances, et en s’engageant pour des améliorations continues, KEWASNET et les organisations qui ont contribué à la rédaction du rapport, adoptent une position  courageuse et donnent le bon exemple en termes de redevabilité.

 

Les bailleurs de fonds ont un rôle important à jouer dans la promotion d’actions plus durables dans le secteur de l’eau

Les projets d’acquisition de matériel, les projets de courte durée, les projets dont le nombre de bénéficiaires est évident et chiffrable, et les récits simples ont tendance à être plus faciles à financer, surtout lorsque cela est fait à travers la sollicitation de dons individuels, en particulier en ligne. Naturellement, de telles pratiques seront difficiles à changer. Cela incite la société civile à se confiner sur une sphère familière, à être peu innovante et à être très prudente lorsqu’il s’agit de divulguer les échecs ou les insuffisances, ce qui nuit au secteur.

Le Rapport sur les  performances des OSC perçoit ave lucidité ces pressions sur les OSC et leurs faiblesses en général. En guise de remèdes, le rapport propose des solutions qui permettront aux OSC de prendre de nouveaux rôles, de mieux représenter les bénéficiaires et de veiller à ce que le secteur de l’eau atteigne les objectifs qu’il s’est fixé à long terme. Le respect des droits de l’homme à l’eau et à l’assainissement consacrés par la constitution kenyane et la réalisation les ODD ne seront possibles que si l’intégrité existe. Les parties prenantes doivent collaborer, s’engager avec plus de fermeté et mettre l’accent  sur l’efficacité et la durabilité de leur travail.

Les bailleurs de fonds institutionnels ne peuvent soutenir les changements et encourager les OSC que dans cette perspective: diversifier leurs portefeuilles et travailler sur les projets d’assainissement et de gestion des ressources en eau, et en particulier sur la gouvernance sectorielle et les initiatives de plaidoyer; et pour mieux suivre les projets, mettre l’accent sur la durabilité et renforcer les capacités de suivi. Par-dessus tout, ils peuvent récompenser les processus faisant preuve de transparence et de bonnes performances en termes d’intégrité, de qualité et de conformité.

 

Voir le rapport co,plet :